IVAN PAVLOVITCH POKHITONOV

(1850-1923)

Ivan Pokhitonov est incontestablement un des plus importants et talentueux peintres russes. Le catalogue raisonné de son œuvre permet de prendre toute la mesure de sa production à travers tous les thèmes qu'il a abordés depuis les années 1870 à Matrionovka jusqu'en 1923 à Bruxelles. 

Ivan Pokhitonov

Ivan Pavlovitch Pokhitonov naît le 27 janvier 1850 à Jelizavetgrad, dans le Gouvernement de Kherson, en Russie méridionale. Il passe une grande partie de son enfance dans la propriété familiale et les steppes environnantes où il développe son goût pour la nature.

Après deux années passées à l’Académie d’agriculture de Petrovsky-Rasoumovsky, près de Moscou, il suit les cours de zoologie du Professeur Metchnikov à la Faculté des sciences naturelles de l’Université d’Odessa.

En 1869 il regagne la propriété familiale de Matrionovka et s’adonne alors à la peinture. Il peint la campagne environnante et quelques portraits. Après avoir travaillé dans une banque à Odessa, il part pour le nord de l’Italie et s’installe à Milan avant de gagner Paris où il décide de consacrer sa vie à son art. Il y rencontre Ivan Tourgueniev et Alexeï Bogolioubov.

Pokhitonov se rend rapidement dans le petit village de Barbizon, au sud de Paris et il y séjourne quelques mois, en compagnie notamment des peintres Jules Dupré, Henri Harpignies et Jules Meissonnier. L’Ecole de Barbizon représente le monde de la vie rurale et donne la primauté à la nature et à sa représentation minutieuse réalisée en plein air. C’est ce qui séduit Pokhitonov, proche du peuple et d’une nature dans laquelle il a grandi.

Il expose trois œuvres au Salon 1878 des Champs-Elysées. Une première participation à une exposition officielle à Paris couronnée de succès et déterminante pour la suite de sa carrière puisqu’il reçoit les encouragements de Meissonnier et une proposition de contrat du célèbre marchand Georges Petit. Il peint dans la capitale française et dans la campagne environnante. Les termes du contrat proposé par Petit prévoient qu’en échange de 1000 francs or mensuels et un pourcentage sur les ventes, Pokhitonov lui réserve sa production. Leur collaboration durera neuf années.

Il partage à Paris l’atelier d’Eugène Carrière qu’il abandonne chaque année à la période de la chasse pour le Sud Ouest de la France. Il parcourt durant les mois d’hiver les régions de Pau et de Biarritz avec sa carriole, une sorte d’atelier mobile dont il a lui-même dessiné les plans.

Pokhitonov envoie aux Salons officiels et ses tableaux ne passent jamais inaperçus si on en croit les nombreux commentaires élogieux de la critique.

La réputation de la Galerie Georges Petit et ses relations avec le marché américain offre à l’artiste l’occasion d’exposer et de vendre de nombreux tableaux aux Etats-Unis. La renommé de Pokhitonov devient internationale. En 1886 il signe un contrat avec la Galerie Goupil qui envoie des dizaines de ses tableaux à New York. Ce sont dès lors les plus importants collectionneurs américains qui se disputent à peine arrivée la production de l’artiste, pour la plupart des tableaux peints en France et principalement dans le Sud Ouest de la France avant les tableaux rapportés d’Italie en 1892. Car l’artiste effectue de nombreux voyages à travers toute l’Europe et la Russie. Au printemps 1891, après un bref passage par Paris, il part en Russie, à Matrionovka où il passe l’été. Fin 1891, il part avec Eugénie en Italie où ils resteront près d’une année, s’installant à Torre del Greco, petit port situé à quelques kilomètres de Naples, au pied du Vésuve.

En 1893 Pokhitonov s’installe avec sa compagne, Eugénie von Wulffert, à Jupille et leur fils Boris y naît le 11 août. Il effectue de fréquents séjours à la côte belge où il peint d’innombrables tableaux.

Presse 1881

Pavel Tretiakov (1832-1898), grand entrepreneur russe avant de devenir mécène, se rend à Jupille pour y acquérir de superbes tableaux du peintre dont la réputation reste intacte nonobstant son départ de Paris.

En 1896, il accepte de participer à un Salon qui se tient à Liège. Loin du prestige parisien, l’artiste est heureux dans sa patrie d’adoption et il lui semble dès lors normal de s’impliquer dans la vie culturelle liégeoise.

Pour autant, son âme d’artiste russe est chagrinée par sa crainte de ne laisser dans sa patrie d’une trace infime et imperceptible de son existence et de son œuvre. « Quoi qu’on en dise, toujours est-il que le resterai un peintre russe, et il me chagrine de penser combien faible et imperceptible sera la trace que je laisserai dans ma patrie. Avec l’âge, ces pensées d’appartenance justement à la culture russe, paraît-il, hantaient de plus en plus le peintre, que ne satisfaisait plus la participation aux expositions russes »[1].

Au printemps 1899 c’est au Musée des Beaux-Arts de Bruxelles qu’il envoie dix tableaux récemment peints.

En 1902, le couple se rend dans le domaine de Jabovchisna, vaste propriété de 140 hectares située à une trentaine de kilomètres de Minsk achetée en 1877 par le père d’Eugénie, Constantin von Wulffert. Pokhitonov y peint d’exceptionnels tableaux, parmi les plus beaux de son œuvre et dans lesquels on sent son amour d’une patrie retrouvée. Il se rend à Saint-Petersbourg où il est accueilli en héros national. Il est élevé le 25 octobre 1904 au plus haut grade de l’Académie Impériale des Beaux-Arts de Saint-Petersbourg. Ses tableaux figurent dans plusieurs musées russes et son portrait par une autre gloire nationale, Répin, est exposé dans la Galerie Tretriakov. 

En 1905, invité par Léon Tolstoï auquel il voue une grande admiration, Pokhitonov passe plusieurs semaines dans son vaste domaine de Iasnaïa Poliana.

A la fin de la même année, Pokhitonov quitte la Russie et regagne Jupille où « il y a moins des chances d’être tué, mutilé, battu, ou tomber dans des endroits déplaisants »[2].

Liège offre à Pokhitonov en 1906 sa première exposition personnelle. Il y expose 81 œuvres (quatre-vingts tableaux et études à l’huile et un pastel). C’est une véritable rétrospective de son œuvre. On peut y admirer des paysages de France, d’Italie, de Russie, des environs de Liège et de la côte. La critique ne s’y trompe pas. L’exposition est admirée et les comptes-rendus très élogieux.

En 1913, il quitte la Belgique pour s’installer à Saint- Petersbourg. Une fois encore il parcourt le pays, mais la Révolution de février 1917 l’oblige à quitter précipitamment la capitale.

Au début des années 1920, Pokhitonov s’installe dans un appartement, rue du Trône à Bruxelles. Sa santé décline. Après avoir passé quelques mois dans sa petite maison de La Panne, il rentre à Bruxelles et se rend régulièrement dans la proche banlieue verte de la ville. Il passe les derniers mois de sa vie dans son atelier, peignant principalement des natures mortes et des répliques d’après photographies de tableaux peints parfois 30 ou 40 ans plus tôt. Une technique à laquelle il s’est toujours adonné avec beaucoup de talent et de minutie.

Ivan Pokhitonov décède le 24 décembre 1923 à Bruxelles, dans son appartement de la rue du Trône.

 

[1] Lettre d’Ivan Pokhitonov à Pavel Tretiakov, 20.1.1896, Archives Tretiakov 1/2745

[2] Lettre de Pokhitonov à Ostrooukhov, 18/03/1906, Archives de la Galerie Tretiakov, fonds Ostrouukhov, 10/5246

Cité chez Grebeniuk V.A., L’œuvre d’I. Pokhitonov (1850-1923) et certaines questions des relations artistiques franco-russes du dernier quart du XIXe-début du XXe siècle, résumé de thèse de doctorat en histoire de l’art, Moscou, Académie des Beaux-Arts d’URSS, 1974, p. 12

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